|
Professeur Ibrahima Baldé Du village de Kankalabé à l'agrégation de chirurgie-pédiatrique Professeur Ibrahima Baldé, «Ibé» pour ses intimes, est le président du Conseil national de l’Ordre des médecins de Guinée depuis 2003. Ses efforts pour moraliser la profession et faire respecter l'éthique et la déontologie sont connus de tous. Il a été également président de la Société africaine des chirurgiens-pédiatres. Il fait partie de la première génération d’étudiants guinéens à se rendre en France poursuivre leurs études. Rentré en Guinée en 1988, après un passage au Sénégal, en France et au Gabon, il a fondé le centre Mère et Enfants, clinique semi-privée qui s’occupe des enfants et des femmes. A l’université de Conakry, il contribue activement à la formation pour la Guinée d’une génération de chirurgiens-pédiatres. C’est sur un ton modéré et courtois que le professeur I. Baldé, chirurgien-pédiatre, très gêné de parler de lui-même, a accepté d’ouvrir son cœur à LP.
Pour porter ce titre prestigieux de Professeur agrégé de chirurgie-pédiatrique, il lui a fallu franchir bien d’obstacles (un vrai parcours du combattant). Son père, pour venir se soigner à l’hôpital Ballay de Conakry, l’inscrit à l’école coranique et à l’école française le même jour, dès l’âge de 6 ans ! Il ne survit malheureusement pas à l’intervention chirurgicale et repose à Boulbinet. Le jeune Ibrahima quitte alors le Kankalabé (distinguée diwal de Dalaba, au cœur du Foutah Djallon) natal pour poursuivre ses études primaires à Pita et se retrouve, en 1953, parmi les (90 !) écoliers admis à l’entrée au collège de Donka. En 1958, le BEPC en poche, il participe activement à la campagne du «Non» pour l’indépendance de son pays. C’est l’apothéose ! Il dévore le best-seller du moment, La Guinée, Etat pilote. Il est fortement influencé par les idées progressistes véhiculées par les patriotes afro-antillais venus soutenir l’indépendance de la Guinée. On le retrouve, en 1959, parmi la première promotion du lycée de Labé. Sa conscience s’aiguise et l’assassinat de Patrice Lumumba lui inspire même un poème co-rédigé avec un ami (Babara Fofana). Avec le Bac Sciences expérimentales, il s’envole de la Guinée le 2 octobre 1961 avec la toute première génération de jeunes envoyés faire médecine en France pour consolider l’indépendance du jeune Etat. Qui eût cru qu’il partait ainsi pour un cruel exil qui s’est prolongé jusqu’en 1984 ? En France, la FEANF (Fédération des étudiants d’Afrique noire en France) dès le «complot» dit des «enseignants», de novembre 1961, analyse lucidement le péril qui menace la Guinée. Et le réflexe du régime est de ramener, en 1963, les «étudiants suspects» à Dakar. Mais l’université de Dakar aussi bouillonne ! L’UGEAO (Union générale des étudiants de l’Afrique de l’Ouest) est supprimée par Senghor dans sa lutte obstinée contre le PAI (Parti africain pour l’indépendance), l’UED (Union des étudiants de Dakar) est en gestation. Le 4 juillet 1964, l’AGEEGS (Association générale des élèves et étudiants guinéens au Sénégal) est créée et à sa tête, on retrouve avec surprise I. Baldé. Le 2 octobre 1964, c’est la rupture. Les adhérents sont déchus de la nationalité (ni bourse, ni passeport, ni pièce d’identité… Et bonjour les tracasseries). L’AGEEGS participe activement à la lutte de l’UED pour l’africanisation des cadres et des Programmes (néocoloniaux) de l’université de Dakar. Former pour l’Afrique des cadres techniquement compétents et politiquement conscients, I. Baldé se lance alors dans les grands défis de l’excellence avec les concours hospitaliers (externat puis internat). Dès qu’il a le titre d’«Ancien interne des hôpitaux de Dakar», le voilà, grâce à quelques complicités, embarqué à Dakar avec le passeport d’un ami malien. Il a la chance de parachever sa formation de chirurgien-pédiatre dans la légendaire école de Necker Enfants Malades de Paris avec, pour survivre, un poste d’assistant au CHU de Rennes. Il a pu ainsi circuler et visiter la plupart des pays européens avant, en novembre 1976, de signer un contrat d’expatrié au Gabon où l’Etat avait investi 2 milliards de francs CFA pour le flambant neuf Hôpital pédiatrique d’Owendo. C’est dans ce cadre idyllique que l’agrégation a été préparée, méthodiquement, pour aboutir tout logiquement, dès 1986, à la faveur des accords universitaires franco-guinéens ! A partir du Gabon, il effectue à Conakry quelques missions d’enseignement financées par le projet TOKTEN. En 1988, le retour définitif du professeur se réalise. Depuis, il est au service de la faculté de Médecine (16 promotions de Guinéens y sont formés sous son autorité). Depuis deux ans, il a créé un Certificat sous-régional d’études spéciales en chirurgie-pédiatrique. La première vague de spécialistes est attendue dans deux ans. Toujours sur le plan académique, il est le président sortant de la SACP (Société africaine de chirurgie-pédiatrique) dont le Congrès tenu à Conakry et à Dalaba en novembre 2005 l’a couvert de lauriers. Pour couronner le tout, depuis 1997, Pr. Ibé dirige sa fondation, le centre Mère et Enfants (30 emplois) où les honoraires sont fixés au cas par cas pour permettre aux plus démunis d’accéder à la santé. Les patients et le personnel en témoignent à longueur de journée. «Bien que la santé coûte cher, quand je peux, je ne lésine pas sur l’exercice de la médecine. Je le fais avec probité, respect de l’éthique et de la déontologie médicale», note-t-il. Mais le centre Mère et Enfants est surtout un lieu de formation pratique et théorique privilégié pour les chirurgiens en herbe. Ses projets actuels sont orientés vers une meilleure implication dans la lutte contre le VIH (centre de traitement ambulatoire) et la création au centre Mère et Enfants d’une Ecole de sages-femmes. Professeur I. Baldé insiste, lors de son parcours, sur le soutien inestimable de son épouse sénégalaise et de ses quatre enfants (trois filles et un garçon) qui n’ont pas été inspirés par la médecine, mais qui sont tous épanouis dans leurs activités. Le Pr. Baldé estime que sa vie personnelle n’a pas d’importance, mais que c’est plutôt son engagement au service de la Guinée qui mérite d’être mis en exergue. Boubacar Bah http://www.liberation-prolongee.com/article.php?rub=10&idart=756
|